LA CONTRÔLEUSE GÉNÉRALE DES PRISONS INQUIÈTE DU SORT DES MINEURS INCARCÉRÉS

La dépêche de l’AFP qui révèle que Dominique Simonnot, contrôleuse générale des prisons ( CGLPL ) depuis le 14 octobre 2020 se montre particulièrement préoccupée concernant « l’accès à un enseignement pour les mineurs privés de liberté » mérite quelques explications.

Ce n’est pas la première fois que cette ancienne journaliste française, spécialiste des affaires judiciaires, nommée à ce poste par Emmanuel Macron, dénonce le caractère inacceptable des conditions de détention de prisonniers.

En mai 2021, elle avait déjà tiré la sonnette d’alarme concernant des traitements « inhumains et dégradants » en dénonçant la grave violation des droits observée dans le centre de détention pour détenus vieillissants de Bedenac.

Mais aujourd’hui le cas des mineurs l’inquiète à juste titre. Car actuellement, environ 700 mineurs sont incarcérés, 600 placés en centres éducatifs fermés et 22.000 hospitalisés dans des services de psychiatrie.
Bien qu’aucune statistique nationale n’existe à ce jour sur le nombre d’enfants privés de liberté en âge d’être scolarisés, la CGLPL juge indispensable de les recenser afin de mieux identifier leurs profils, leurs difficultés et leurs besoins, afin que la scolarité devienne « une priorité absolue pour les enfants enfermés ».

Cette demande s’explique lorsqu’on apprend que la majorité des mineurs arrivent dans des lieux d’enfermement en grande difficulté scolaire, au milieu de vies chaotiques et bouleversées.

Or, l’enseignement qui leur est dispensé « s’apparente à une scolarisation par défaut, inférieure, tant en volume qu’en qualité, à la scolarisation en milieu libre », regrette-t-elle.
Une situation confirmée par Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, qui s’appuie sur une enquête réalisée il y a un an environ concernant les mineurs incarcérés, montrant que 60% sont déscolarisés depuis un an au moins.

« Sous peine d’une aggravation de ces parcours, déjà bancals, l’enjeu est majeur tant pour le développement et l’insertion sociale de ces enfants que pour la société tout entière » déclare la CGLPL.
D’où la recommandation visant à renforcer les enseignements afin que les mineurs bénéficient d’un cursus comparable à celui des élèves à l’extérieur, notamment en volume horaire, et d’assurer la continuité pédagogique pendant les vacances scolaires, périodes pendant lesquelles les enfants enfermés sont désœuvrés.

La contrôleuse générale des prisons appelle à mettre en place un « cadre légal et institutionnel » pour « sanctuariser l’enseignement scolaire au sein des lieux d’enfermement », en garantissant un recrutement d’enseignants à la hauteur des besoins et en créant un statut spécial pour ces derniers afin de valoriser leur mission.
Le ministre de la Justice précise d’ailleurs dans sa réponse que les enseignants qui interviennent en milieu carcéral bénéficient d’une indemnité spécifique.

Et sans doute faut-il regarder plus loin en ces temps particulièrement troublés.

L’inquiétude exprimée par la CGLPL au sujet du temps d’éducation des mineurs emprisonnés en France, ne peut faire abstraction d’une partie de la jeunesse abandonnée, en plein désarroi, plongée dans certaines régions du monde au coeur de guerres, voire endoctrinée par des mouvements terroristes.

Dans un roman intitulé « Enfants-Soldats : du Virtuel au Réel », les risques générés par cette jeunesse meurtrie, en perte de repères et corvéable à merci, Patrick Gorgeon, soulignait l’impérieuse nécessité de créer des centres dédiés à leur accueil, éducation, formation voire déradicalisation avec le concours de professionnels.

Car, si parmi les enfants victimes de guerres et terrorisme, souvent étrangers abandonnés à leur triste sort, certains sont depuis lors devenus adolescents ou adultes, rien n’interdit aujourd’hui de penser qu’il demeure toujours possible de permettre à une grande partie d’entre eux d’adopter, moyennant la mis en place de structures adaptées, un tout autre état d’esprit avec d’autres perspectives en termes de développement personnel et de vie au sein de collectivités.

Éducation et formation sont bien deux jambes indispensables de toute société développée souhaitant offrir à la jeunesse les moyens de marcher.

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