COMMENT PENSER ET PARLER VIEUX QUAND ON EST « ENCORE » JEUNE ?

La photo noir et blanc qui illustre cette chronique et succède à celle de la veille en couleurs, ne doit rien au hasard.
On vous parle de réforme de la retraite et du plein de trimestres(43) qu’il vous faudra faire pour passer, si possible en bonne santé, ce cap sensé vous permettre d’accomplir tout ce dont vous avez rêvé et n’avez pu réaliser lors de votre pleine activité professionnelle.
Un sujet très euphorisant !

Cela dit, il est vrai que pour éviter le clash une fois atteint un âge où la société et plus particulièrement l’univers entrepreneurial vous considère « out of game », cette vision a de quoi froid dans le dos.

Car malheureusement, la sélection des actifs ne se fait pas sur la seule base des compétences et de l’expérience acquises au cours d’un parcours professionnel.
Le niveau d’études, mais aussi surtout l’âge de vos artères, sont désormais les paramètres retenus.
Jeune et diplômé(e), vous disposez d’atouts indéniables.

Les self made men et autres self made women qui sont parvenus à des exploits à la tête comme au sein de leur entreprise et ont fait la une des médias au XXe siècle comme auparavant, se font de nos jours de plus en plus rares.

Pourtant, entre la fin de la seconde guerre mondiale et les années 90, la génération du baby boom a eu le vent en poupe.
Elle a même boosté l’économie, jusqu’à se hisser au rang de modèle sur la scène nationale et internationale.

Mais aujourd’hui, mis à part quelques rares exceptions qui ne touchent pas que les seules startups, ce n’est plus ainsi que se déroulent les réussites professionnelles et humaines.
La réforme des retraites permet entre autres de mettre l’accent sur ce qui distingue hommes et femmes arrivés en bout de course.

Tout d’abord, les revenus pour peu qu’il s’agisse du statut de salarié(e) au sein d’une entreprise, les salaires des femmes demeurant quoi qu’il en soit inférieurs à ceux des hommes, à qualification égale.
Ce sérieux retard en termes de rémunération comparé aux hommes, veut qu’elles cotisent moins par définition.

Par ailleurs, les femmes qui occupent des postes subalternes, sans que leurs rôles primordiaux puissent être mis en question, travaillent souvent plus tout en percevant de moindres revenus.
Les cotisations retraites étant calculées sur cette base, on comprend très vite le problème.

De plus, lorsqu’on plonge son nez dans l’univers retraite, on a une pensée émue pour celles et ceux qui ont travaillé dur, cotisé sans relâche, mais n’ont en dépit de leurs efforts pas eu la chance de vivre suffisamment longtemps pour vivre leur paisible retraite.

Il y a aussi celles et ceux qui se sont lancés dans la création d’une entreprise et n’ont aujourd’hui que leurs yeux pour pleurer pour avoir négligé de penser à leur couverture sociale en termes de retraite.
Oui, ce rappel panoramique est sinistre. Mais, comme rien ne sert de se morfondre, regardons les réalités en face.
L’occasion de mettre évidence une chronique qui a le mérite de parler vrai concernant la situation des femmes exerçant une activité professionnelle.

La question des transferts générationnels prend de plus en plus d’importance. Les populations vieillissent, ce qui pèse de plus en plus lourd sur les pensions, les soins de santé et les autres services sociaux. Dans de nombreux pays, le déséquilibre entre une génération croissante et plus âgée, soutenue par une génération plus jeune qui diminue, a alimenté les débats sur la justice intergénérationnelle.

L’autre faiblesse structurelle de la France concerne les plus âgés. « En dépit d’une hausse marquée au cours des dix dernières années, le taux d’emploi est resté inférieur de plus de 18 points à celui de l’Allemagne, du Danemark, de la Finlande en 2019 », relève l’OCDE.
« Le relèvement de l’âge de la retraite ne suffira pas à lui seul à changer la donne », prévient Antoine Goujard.
Pour accroître l’employabilité des séniors, il faut aussi agir sur les conditions de travail et la formation et « mettre fin à la discrimination liée à l’âge ».

De plus : « Trop de jeunes restent exclus du marché du travail », déplore l’OCDE dans son rapport sur la situation de la France en 2021.

Alors qu’aujourd’hui, les femmes et les hommes âgés de 65 ans en 2022 vivraient en moyenne jusqu’à 89 ans et 86 ans respectivement, l’espérance de vie a presque doublé entre les deux périodes . Toutefois,l’Insee rappelle qu’en France, un quart des décès survient avant 65 ans.

La « mortalité prématurée » touche surtout les hommes, et en particulier les plus modestes.
Faut-il pour autant en déduire que les femmes s’en sortent mieux ?

Les recherches montrent que les femmes liquident la retraite plus tard que les hommes. Elles sont davantage contraintes à liquider leur droit vers l’âge de 65 ans et au-delà (19 % de la génération de 1950 contre 10 % des hommes) pour éviter une décote en raison de carrières plus souvent incomplètes.

Cependant, elles reçoivent en moyenne 1274 euros de retraite par mois, soit 24 % de moins que les hommes (1674 euros). Ce montant inclut la pension de droit direct, la pension de droit indirect (réversion) et la majoration pour trois enfants et plus. Si l’on considère les retraites de droit direct, c’est-à-dire celles versées au titre de l’activité passée, l’écart s’élève à 39 % pour les 65 ans et plus.

On ne peut masquer le fait que les femmes sont les principales bénéficiaires des pensions de réversion. Or, ces droits constituent 20 % de la retraite totale des femmes âgées de 65 ans et plus contre seulement 1 % pour les hommes. Au-delà de la pension de retraite, sept personnes sur dix touchant le minimum vieillesse sont des femmes.

Dans une chronique publiée dans la Tribune de l’économie, Roxana Eleta de Filippis, Université Le Havre Normandie, souligne : « Le plus puissant moyen de réduire les inégalités de retraite entre les femmes et les hommes est de limiter les inégalités de carrière ou alors desserrer le lien contributif. Il est avéré que les minima ont un rôle essentiel dans la limitation des inégalités de retraite entre les hommes et les femmes en particulier dans les premiers déciles. Toute restriction dans l’attribution de ces minima aurait des répercussions beaucoup plus fortes pour les femmes que pour les hommes dans le bas de la distribution. »

Reste à formuler des hypothèses sur les conséquences de l’augmentation progressive jusqu’en 2030 de l’âge légal de la retraite à 65 ans pour les travailleuses les plus précaires : soit une liquidation bien plus tardive pour bénéficier d’une « retraite minimum contributif », terme qui peut créer la confusion, dont le montant pour une carrière complète est fixé à 85 % du smic.
De quoi justifier un message adressé aux jeunes générations X, Y ou Z.

Si vraiment vos vieux jours vous préoccupent, pensez aux deux systèmes susceptibles de vous protéger : répartition, mais aussi capitalisation.

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