CONDITION FÉMININE AU KAZAKHSTAN

Il est des pays et des peuples dont ne parle quasiment jamais, jusqu’à ce qu’ils fassent, en raison d’un évènement marquant, la une de l’actualité.

Tel est le cas du Kazakhstan, un pays d’Asie centrale de 2 724 900 km² – cinq fois plus grand que la France – qui ne compte que 19,4 millions d’habitants, a l’une des densités de population les plus faibles du monde de l’ordre de 7 habitants/km² et pour capitale Noursoultan.

En cause, les manifestations déclenchées depuis le 2 janvier par la hausse du prix du gaz qui ont débuté dans l’ouest du Kazakhstan avant de s’étendre à tout le pays.

Dimanche, les observateurs sur place estimaient que 160 personnes ont été tuées et 5 000 arrêtées lors des émeutes, la semaine dernière.

Dirigée par le président Kassym-Jomart Tokaïev depuis son élection en 2019, la république du Kazakhstan compte 68,5 % de Kazakhs, 18,8 % de Russes, 3,2 % d’Ouzbeks, 1,4 % d’Ukrainiens, 1,4 % d’Ouïghours, 1,1 % de Tatars.
Toutefois, le nom de Kazakhstanais désigne tous les citoyens du Kazakhstan, quelle que soit leur appartenance ethnique.
Les femmes représentent environ 51,4% de la population.

Les autorités ayant coupé l’accès à Internet, vouloir consulter les médias du Kazakhstan ou chercher à établir des contacts s’avère actuellement quasiment impossible.

Toutefois, Women e Life a estimé utile de s’intéresser à la situation que connaissent les Kazahstanaises.

Bien qu’officiellement, l’État kazakh déclare promouvoir l’égalité des sexes, les autorités soutiennent financièrement des dizaines de projets qui prônent l’obéissance des femmes.

Journaliste pour Novastan, le seul média européen entièrement associatif (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l’Asie centrale, Aïssoulou Toïchibiekova est tombée sur une brochure publiée grâce à des fonds publics, intitulée « Le mariage, une affaire délicate ! Choisir un compagnon de vie ».

Ce document qui s’adresse aux jeunes femmes, « qui souhaitent trouver leur moitié et fonder une famille forte, ainsi qu’à tous ceux et celles qui s’intéressent aux questions du mariage et de la famille en général » soulève de nombreuses questions sur la condition féminine et les droits des femmes au Kazakhstan.

Tout au long des 19 pages à la gloire de la soumission des femmes, l’homme est dépeint comme au centre de tout, idéal que toute femme doit viser et, bien sûr, respecter en toutes circonstances.
Il y est en abondance question de condition féminine, tendresse et autres stupidités pseudo-ésotériques sur l’énergie entre hommes et femmes, l’essence de la relation entre une femme et un homme étant définie comme une relation de troc, dans laquelle la femme occupe toujours une position inférieure.

Le fait que les autorités souhaitent baisser de 25 % le nombre de divorces d’ici à 2030, justifie-t-il la publication d’une sorte de code de bonne conduite destiné aux femmes ?
Avec plus ou moins de subtilité, la brochure explique en effet aux jeunes femmes que le divorce est négatif, que le mariage est un acte définitif. Un principe moral qui sert les intérêts de l’État, et s’empresse donc de fournir des subventions. La fondation à l’origine de cette brochure n’est d’ailleurs pas la seule à diaboliser le divorce.

Dans la société kazakhe, le mariage demeure un gage de qualité de vie sociale.

Plutôt que d’encourager l’égalité des sexes et d’aider les femmes à s’affranchir de la tutelle sociale et financière des hommes et du mariage, l’État dépense ainsi des millions pour stigmatiser le divorce, intimider autant que possible les couples qui y songent et leur imposer une pression psychologique.

Le constat actuel est sans appel : les organisations qui promeuvent les stéréotypes sexistes et encouragent les filles à assumer les responsabilités du ménage sans prendre part aux décisions familiales se voient octroyer des subsides pour leurs projets. Est-ce vraiment ainsi que des milliers des femmes ont envie de vivre au Kazakhstan ?

D’autant que selon l’Union des centres de crise du Kazakhstan, regroupant 16 organisations non gouvernementales qui interviennent pour lutter contre les violences domestiques et faire respecter les droits des femmes, des centaines de Kazahstanaises sont tuées par leur mari ou conjoint chaque année. Une famille sur huit est touchée par le problème de violence conjugale. En 2017, les statistiques gouvernementales montraient que 17 % des femmes âgées de 18 à 75 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles infligées par leur mari ou conjoint, ou par un ex-mari ou ex-conjoint. Le Kazakhstan n’échappe donc pas aux féminicides.

Pourtant, le 28 mars 2020, Goulchara Abdykalikova, l’une des femmes politiques les plus influentes du pays, a été nommée gouverneure par le président de la République. Une investiture sensée illustrer l’importance grandissante donnée aux femmes dans la politique centrasiatique.

De plus, le 2 septembre 2019, dans son premier discours à la nation depuis son entrée en fonction le 12 juin, le nouveau président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, avait déclaré que son pays devait punir plus fermement les auteurs d’actes de « violence sexuelle » et de « violence domestique » contre les femmes.

Pour conclure, mieux vaut donc retenir la superbe image d’une Kazahstanaise en costume traditionnel tenant un rapace, qui semble devoir porter le message sans ambiguïté des femmes de ce grand pays demandant à être respectées !

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