ELIZABETH HOLMES LE MAUVAIS VISAGE D’UNE GIRL BOSS

Women e Life qui a vocation à mettre en valeur les idées, projets et actions de femmes dans de multiples domaines à l’échelle nationale et internationale, se doit aujourd’hui de s’arrêter une déplorable et condamnable affaire.

Cette dernière place au devant de la scène Elizabeth Holmes, qu’un jury américain a reconnu lundi coupable d’avoir escroqué les investisseurs de sa start-up spécialisée dans les analyses sanguines, qui lui a valu d’être condamnée pour quatre des onze chefs d’accusation.

En tombant la veille de l’ouverture du salon de Las Vegas qui va réunir, du 5 au 8 janvier, le nec plus ultra des innovations en tous genres, mais aussi en pleine crise sanitaire qui a créé un boom dans l’industrie pharmaceutique grâce à la mise au point de vaccins issus de nombreuses années de recherche sur l’ARN messager, le jugement témoigne que les fraudes avérées n’échappent pas, surtout lorsqu’elles touchent à la santé, à de lourdes condamnations.

Pourtant, au départ, on aurait donné le bon Dieu sans confession à cette jeune américaine aujourd’hui âgée de 37 ans qui a fondé Theranos en 2003, alors qu’elle n’avait que 19 ans.

Tout partait – du moins, faut-il l’espérer – d’un bon sentiment puisque son entreprise s’était fixée pour objectif de révolutionner les tests de laboratoire grâce à une technologie d’analyse sanguine capable d’effectuer un large éventail de tests avec une seule goutte de sang sur un doigt, à l’aide d’une machine appelée Edison, conçue en partenariat avec Walgreens Boots Alliance.

Devenue célèbre dans la Silicon Valley, Elizabeth Holmes avait su attirer à la fois des investisseurs fortunés de premier plan, dont le magnat des médias Rupert Murdoch, et des membres de conseil d’administration très en vue, dont deux anciens secrétaires d’État américains, George Shultz et Henry Kissinger.

Toujours est-il qu’au cours du procès qui s’est ouvert en septembre 2021 à San José, en Californie, les jurés ont entendu les témoignages d’anciens employés de Theranos qui ont déclaré avoir quitté l’entreprise après avoir été témoins de problèmes liés à sa technologie.

Bien que d’anciens patients aient déclaré qu’ils n’auraient pas utilisé les tests de Theranos s’ils avaient su que ceux-ci étaient défectueux, Elizabeth Holmes a été acquitté des accusations d’escroquerie envers les patients. Ses avocats avaient fait valoir qu’il n’y avait pas de preuves statistiques montrant que les erreurs se produisaient à un taux si élevé que Holmes savait que les tests étaient inexacts.

En revanche, les accusations des investisseurs qui ont affirmé qu’Elizabeth Holmes avait fait toute une série d’affirmations trompeuses sur Theranos, notamment que ses appareils étaient utilisés sur le terrain par l’armée américaine, ont été fatales puisqu’une peine de 80 ans de prison pourrait être prononcée lorsqu’elle sera condamnée par le juge de district américain Edward Davila, même si ses avocats parviennent à obtenir un allègement de cette dernière.

En fait, le sort de Theranos s’est joué sur une courte période de quatre années.

Alors qu’en 2014, après avoir levé plus de 400 millions de dollars, cette société a été valorisée à plus de 9 milliards de dollars, et Elizabeth Holmes reconnue par Forbes comme une milliardaire, grâce à sa participation dans l’entreprise, tout est ensuite allé très vite.

Tout d’abord en octobre 2015, lorsque le Wall Street Journal rapporte que Theranos n’utilise sa technologie que pour un petit nombre de ses tests, et que les employés doutent de leur exactitude. La FDA publie par la suite une conclusion selon laquelle la société a utilisé des dispositifs non approuvés pour les tests.

Après bien des péripéties en 2016 et 2017, c’est en 2018 que la Securities and Exchange Commission des États-Unis accuse Theranos, Holmes et Balwani de fraude boursière, ce qui conduit E. Holmes à se voir retirer sa participation et le contrôle de la société.

Cette affaire qui met en cause une femme fondatrice d’une startup intervenant dans le secteur sensible de la santé conduit à se poser deux questions :

Elizabeth Holmes a-t-elle vraiment pensé que Theranos, était capable de « construire une technologie qui allait changer le monde » ?
Ou bien a t’elle comme elle l’a soutenu lors de son procès, finalement été victime de l’influence des directeurs de laboratoire de Theranos qu’elle désigne comme étant responsables de la qualité des tests ?

Pour sa part, le procureur adjoint Jeff Schenk n’a pas hésité à déclarer au début de la plaidoirie concernant l’accusée : « Elle a choisi la fraude plutôt que l’échec commercial. Elle a choisi d’être malhonnête ». « Ce choix n’était pas seulement insensible, il était criminel. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.