QUE RETENIR DE LA NETTE VICTOIRE D’ISABEL DÍAZ AYUSO À MADRID ?

Non, Isabel Díaz Ayuso n’est pas féministe pour un sou.
On peut même la qualifier d’anti-féministe, sachant qu’elle ne cesse de dénoncer ce mouvement et se moque de la dictature du féminisme radical.

Désignée candidate à la présidence de la communauté de Madrid le 11 janvier 2019, cette jeune femme politique de 42 ans, candidate du Parti populaire (PP) s’est rapidement imposée comme l’une des principales figures de l’opposition de droite, allant jusqu’à faire de l’ombre à Pablo Casado, grâce à une forte présence médiatique et à une communication agressive envers la gauche.

Il est vrai qu’elle a fait ses classes !

Diplômée de journalisme (licence) et de communication politique (master) de l’université complutense de Madrid, elle est spécialisée en communication politique.

D’ailleurs, quelques heures à peine après avoir célébré sa victoire écrasante aux élections à la présidence de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso a commencé ce mercredi par une série d’entretiens radio destinés à servir  d’échauffement pour la réunion de son Conseil des gouverneurs.
Autant dire que sa forte présence médiatique et sa communication agressive envers la gauche durant la campagne ont joué un rôle majeur.

Incarnation d’une droite dure et décomplexée, saluée par ses partisans aux cris de « Libertad, Libertad, Libertad ! » , l’élection d’Isabel Díaz Ayuso n’est pas sans conséquences.

Tout d’abord parce qu’elle double le résultat qu’elle avait obtenu en 2019 en passant à l’issue du scrutin de 30 à 65 sièges sur 137 au parlement régional.
Ensuite son écrasante victoire provoque la disparition du parti libéral Ciudadanos du parlement régional, et symbolise la « réunification de la droite » désirée par le PP.
Surtout lorsqu’on sait qu’elle n’hésitera pas à s’adjoindre les 13 conseillers régionaux de Vox pour renforcer sa majorité parlementaire.

Le poids de la région madrilène correspond chez nous à l’Île-de-France avec les quelques 8 millions d’habitants de Madrid et ses 178 villes de banlieue dont les électeurs devaient se rendre aux urnes mardi.

Mais quelles sont donc les grands axes de la politique d’Isabel Díaz Ayuso ?

Pour commencer, baisser les impôts avec la promesse de réduire d’un demi-point l’impôt sur le revenu des particuliers et d’augmenter les primes en dons et successions.

«J’aspire à gouverner pour tout le monde parce que lorsque vous réduisez les impôts, vous le faites pour tout le monde, parce que Madrid n’est pas la communauté des riches qui ont essayé de vendre, parce que quand vous faites les choses avec votre tête et votre cœur, vous voulez sentir que votre administration vous répond », a-t-elle déclaré.
L’idée repose sur le fait qu’en dépit d’une croissance notable, cette dernière a été mal répartie.

Son modèle de gestion de la pandémie, son approche économique ultra-libérale, son attitude politique polarisante et ses fortes connotations démagogiques sont également à mettre à son tableau de chasse.

En choisissant de faire campagne avec le mot « Liberté », en référence aux faibles restrictions imposées aux Madrilènes durant la pandémie, et notamment le maintien des bars et restaurants ouverts, elle n’a pas hésité à dédier aux restaurateurs son triomphe électoral.

Démonstration de sa notoriété, un restaurant de la place Carrasco, à la lisière entre les quartiers de Lavapiés et de La Latina, a affiché un nouveau plat sur la vitrine: «Papas a lo Ayuso». Les pommes de terre aux œufs frits portent le nom de la présidente régionale, la conservatrice Isabel Diaz Ayuso, car, explique l’écriteau, elles sont accompagnées de «muchos huevos». Beaucoup d’œufs, ce qui, par une analogie morphologique et virile propre à l’argot espagnol, veut dire d’une personne, homme ou femme, qu’elle a beaucoup de courage.

Force est de constater que Madrid est la seule des 17 communautés autonomes, les régions espagnoles, à ne pas avoir accordé un centime aux restaurateurs qui ont été privés d’activités. Aussi la «Madone Ayuso», comme l’a baptisée un autre restaurant en lui dédiant une pizza, fait figure de sainte patronne du secteur.
Sa détermination à permettre à tous les commerces d’ouvrir sans autre restriction que les jauges et le couvre-feu nocturne prévus par la législation nationale, de 23 heures à 6 heures du matin figure bel et bien au menu.

Entre ultra libéralisme et accent démagogique, Isabel Diaz Ayuso est quoi qu’il en soit parvenue à avancer ses pions sur le champ politique.
Au vu de son succès, d’autres dirigeants régionaux – en particulier en Andalousie – pourraient être tentés de s’inspirer de la tactique d’Ayuso.

Mais comme le précisent certains observateurs de la presse espagnole, les dirigeants du PP feraient bien de considérer que si Madrid influence l’Espagne, l’Espagne n’est pas Madrid.

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