NÉ EN 1998 LE CONCEPT LOGEMENT-BUREAU ÉTAIT PRÉMONITOIRE

Le forum virtuel organisé mardi par Reuters avec la participation de décideurs politiques et de chefs d’entreprise sur le bouleversement des marchés du travail mondiaux déclenché par la pandémie de coronavirus, me permet aujourd’hui de revenir sur le rapport que j’avais rédigé et soumis à la Fédération Parisienne du Bâtiment, en 1998.

Alors que le télétravail ou encore travail à domicile, s’impose désormais comme l’une des solutions devant permettre à de nombreux métiers de poursuivre leurs activités, ledit rapport avait à l’époque pour thème la transformation bureaux en logements.

Nous étions alors confrontés à une double crise liée depuis quelques années à deux facteurs: d’une part, une chute vertigineuse de demandes de bureaux ne répondant souvent plus aux nouveaux besoins d’entreprises de toute taille, et d’autre part, une pénurie criante d’offre de logements.

Ce qu’il est important de retenir, c’est que ce rapport abondamment documenté, mettait également en évidence la nécessité de concevoir des logements ( maison individuelle- appartement) qui intègrent dans leur configuration un espace dédié au travail.

Cette idée reposait sur la perceptible avancée des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Elle s’appuyait sur les immenses possibilités qui allaient en découler en termes de télétravail. Mais en cette fin de XXe siècle, Internet, web et e-mails, n’en étaient encore en France qu’à leurs premiers balbutiements.

Néanmoins, ceux qui ont suivi l’affaire savent que ce rapport tourné vers l’avenir avait donné lieu en 1999 à la création d’une plateforme baptisée par son auteur IRIS Immobilier Réseau Info Service.

Cette dernière avait pour objectif de conseiller les investisseurs privés et publics dans cette démarche, et d’être soutenus techniquement et administrativement durant le processus.
De nombreux propriétaires et investisseurs purent ainsi trouver les solutions pour s’engager dans la voie du bureau-logement.

Des surfaces de bureaux de quelques centaines de mètres carrés à des ensembles de plusieurs milliers de mètres carrés, ont ainsi été parfois transformées en logements avec le concours d’architectes et d’entreprises qualifiées qui se trouvaient en panne d’activité.

Compte tenu de la crise des bureaux, le succès fût au rendez-vous durant quelques années. Mais la reprise économique et celle du marché des bureaux en 2002, a finalement mis fin à un mouvement résolument orienté vers l’avenir avant qu’une crise sanitaire inédite ne le replace en 2020 au rang d’incontournable.

Au moment où des sociétés de conseil et de recrutement de cadres appellent les entreprises à profiter de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques et sociales pour financer des plans de diversité et d’inclusion véritablement à long terme, le concept de bureau-logement revient au devant de la scène.

En marge de l’impact de l’actuelle pandémie sur les déplacements et voyages, tout le monde semble d’accord sur un point : on ne pourra plus revenir en arrière !

Lors du Forum Reuters, d’autres changements plus subtils, mais qui tendent à modifier la façon dont les travailleurs sont embauchés et gérés ont été évoqués.

Selon Hyams, l’entretien d’embauche de Zoom a fait ses preuves et prédit un «changement séculaire» vers de telles pratiques. «Les employeurs et les demandeurs d’emploi ont trouvé que c’était sûr, plus pratique et beaucoup plus rapide … L’avenir de l’embauche va bien commencer par des entretiens à distance et vidéo», a-t-il déclaré.

Les observateurs du lieu de travail s’attendent également à ce que la pandémie modifie fondamentalement le mode de fonctionnement des gestionnaires – notamment parce que les incertitudes actuelles les obligent à rester ouverts au changement.

«Ce n’est plus le rôle du PDG d’avoir toutes les réponses», a déclaré Laura Storm, fondatrice de Regenerators, un collectif formé pour stimuler une nouvelle réflexion sur les produits, les services et les organisations. «Le rôle du PDG est d’être un responsable de l’écosystème ou un facilitateur.»

Ce qui se dessine à terme témoigne notamment de plusieurs réalités :
– le rapport sur la transformation des bureaux en logements qui visait à encourager la démarche mais aussi la création de nouveaux concepts logements-bureaux a été présenté trop tôt.
– la reprise au début des années 2000 du marché des bureaux dans une société cherchant la surabondance et le rendement court terme, a conduit les investisseurs à imaginer qu’aucune autre crise ne viendrait rebattre les cartes.
– l’échec des idées et projets novateurs s’explique le plus souvent en raison de leur caractère trop futuriste et des profonds bouleversements qu’ils induisent.

Or aujourd’hui, ces questions ne se posent plus.

Alors, direz-vous que vient faire cette information sur un webmagazine féminin indépendant ouvert sur le monde ?

Sa justification s’explique en raison de l’importance que prendra notamment le télétravail dans les temps à venir pour les hommes et les femmes dont les exercices professionnels sont déjà et seront de plus en plus impactés par les apports des nouvelles technologies dans leur vie quotidienne.

Patrick Gorgeon
Journaliste

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