LE LIMOGEAGE D’ISABELLE KOCHER A LA TÊTE D’ENGIE ENVOIE DE MAUVAIS SIGNAUX

Très électrique est depuis un certain temps l’ambiance chez Engie.

Toutefois, la décision prise aujourd’hui par le conseil d’administration d’Engie de ne pas renouveler le mandat d’Isabelle Kocher, directrice générale du groupe depuis le 3 mai 2016, qui est également la seule patronne d’une entreprise du CAC 40 interpelle.

Tout d’abord parce qu’en succédant à Gérard Mestrallet à la direction générale du groupe Engie, elle ouvrait d’intéressantes perspectives en matière d’innovations.

En se fixant, selon ses propres termes, pour objectif : »d’accompagner la deuxième vague de la transition énergétique », elle comptait réorienter Engie vers les énergies vertes et les services, mais aussi la gestion intelligente des villes de demain. Autrement dit, elle rompait – sans débrancher le gaz – avec l’orientation de son prédécesseur, ardant promoteur du charbon et du nucléaire.

En février 2019, outre la fermeture de centrales au charbon, Isabelle Kocher avait d’ailleurs présenté un nouveau plan triennal pour Engie, en vue de spécialiser l’entreprise dans les « services à haute valeur ajoutée » et les énergies renouvelables et ainsi accélérer la transformation des métiers de l’entreprise.

Alors comment comprendre ?

Son limogeage relèverait dit-on davantage de conflits en interne notamment avec le président, Jean-Pierre Clamadieu, mais aussi d’une stratégie contestée en matière de nominations, de business plan.

Agée de 53 ans, comment expliquer qu’une femme de cette stature se soit heurtée à une telle réprobation de ses idées, projets et actions à la tête du groupe ?
Un conflit de générations laissent entendre certains, plutôt qu’un  différend à caractère sexiste : du moins faut-il l’espérer.

Bien qu’il s’agisse d’une entreprise énergéticienne privée dans laquelle l’État possède un tiers des droits de vote, Bruno Lemaire, ministre de l’économie a tenu à préciser : “L’égalité femmes-hommes ne se résume pas au cas d’Engie, c’est un combat beaucoup plus important, beaucoup plus large”, avant d’ajouter “Attendez de voir la décision que prendra le conseil d’administration, je dis juste qu’il ne faut pas mélanger tous les sujets.”
Et le fait est que des noms de femmes susceptibles de succéder à Isabelle Kocher circulent*.

Afin d’éviter que cette poussée vers la sortie génératrice de quelque embarras, ne fasse l’objet de multiples commentaires voire d’infox, on aurait aimé que le conseil d’administration du géant de l’énergie, convoqué pour une séance extraordinaire ce jeudi, s’intéresse avant tout à l’avenir du groupe.

Né de la fusion de Gaz de France et de Suez, Engie affiche un chiffre d’affaires 60 milliards d’euros, emploie 150 000 personnes à travers le monde et opère dans plusieurs pays.
Isabelle Kocher avait annoncé qu’Engie souhaitait se concentrer sur vingt pays et trente métropoles, la plupart situées en Asie du Sud-Est et en Afrique.

Avec son limogeage, on s’aperçoit, une nouvelle fois, que l’apport d’idées neuves qui passe par la mise en place d’une stratégie marquée par une volonté d’innover et de « verdire » une société comme Engie,  n’est visiblement pas du goût de tout le monde.

Personne n’est exempt de reproches. Mais lorsqu’il y a de l’eau dans le gaz, le siège éjectable fonctionne.

* Dans un communiqué, le fournisseur de gaz et d’électricité, également très actif dans les services, vient d’annoncer que la période de transition sera pilotée de manière collégiale par Paulo Almirante, Judith Hartmann et Claire Waysand.
Le conseil d’administration justifie sa décision par la nécessité d’engager une nouvelle étape de la transformation et d’approfondir la stratégie engagée pour faire d’Engie un leader de la transition énergétique et climatique”.

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