FEMME MEDECIN EN ETABLISSEMENT PENITENTIAIRE : UN VERITABLE SACERDOCE

En cette période estivale, normalement exclusivement dévolue aux besoins d’évasion et de liberté, c’est entre quatre murs et derrière les barreaux que Women e Life a choisi de vous entrainer.

Non pas pour évoquer les conditions de détention d’hommes et femmes dans les prisons, mais pour mettre un coup de projecteur sur celles et ceux qui choisissent de mettre leurs compétences de médecins au service de la population carcérale.

Bien entendu, quelques exemples peu nombreux de femmes exerçant en milieu pénitentiaire existent en France, et sans doute aurions-nous pu nous tourner vers ces dernières afin de recueillir leurs témoignages qu’il s’agisse de médecins, d’infirmières notamment.
Car nous sommes bien dans la série : femmes formidables !

En réalité, c’est une interview dans le Daily Mirror du Docteur Amanda Brown, une Britannique qui soigne des détenus à travers le Royaume Uni qui a retenu notre attention.

Cette femme médecin qui relate ses expériences au contact de la population carcérale dans un livre intitulé : « The Prison Doctor », nous a semblé révéler la force de caractère et la dévotion dont il faut faire preuve.

En 2004, Amanda Brown a choisi de quitter ses activités  de médecin généraliste à Buckinghamshire. Et aujourd’hui âgée de 64 ans, cette femme s’occupe de certaines des personnes identifiées comme les plus dangereuses et violentes en Grande-Bretagne.

Elle intervient dans des prisons où des assassins comme le Yorkshire Ripper Peter Sutcliffe, le meurtrier des Maures Ian Brady et la tueuse en série Joanna Dennehy – surnommée la femme la plus dangereuse en Grande-Bretagne – ont été placés.

Comme l’explique le docteur Damien Mauillon, médecin à la maison d’arrêt d’Angers et Président de l’Association des professionnels de santé exerçant en prison,: « Faire le choix d’exercer auprès de personnes incarcérées, c’est agir pour éviter la double peine qui les empêcherait d’accéder, au même titre que tout citoyen, au droit à la santé et à l’accès aux soins. Si l’enjeu est incontestable sur le plan déontologique, le nombre de volontaires demeure très insuffisant. C’est que la réalité du terrain dissuade beaucoup de franchir le pas… »

C’est pourquoi le témoignage que livre Amanda Brown prend tout son sens.
Surtout lorsque cette femme précise qu’en tant que médecin de ville, elle estimait ne plus avoir suffisamment de temps pour s’occuper de ses patients comme avant.

D’où sa décision de relever un nouveau défi lorsqu’un recruteur l’a contacté pour un emploi dans une prison.
Selon ses propres termes : « Ce fût un coup de tonnerre, un nouveau défi, surprenant et incroyablement excitant. »

Depuis 15 ans, elle passe  son temps à soigner des prisonniers au HMP Huntercombe à Oxfordshire, à Wormwood Scrubs à Londres et à la prison pour femmes Bronzefield à Surrey.
Elle souligne que lorsqu’elle a occupé son premier emploi en prison, à Huntercombe , il s’agissait d’une unité de jeunes contrevenants. Ses fils alors adolescents avaient le même âge que les détenus.

Elle pensait alors être en mesure de les comprendre, d’être une sorte de personnage maternel.
Elle reconnaît d’ailleurs qu’il est très difficile de ne pas être attaché, même si la seule chose possible consiste à démontrer qu’on croit en eux.

Ensuite, en 2009, Amanda Brown a souhaité intégrer Wormwood Scrubs, une prison de haute sécurité.
Elle a rejoint l’équipe en place et son travail a consisté à pallier des tentatives de suicide, des actes d’automutilation et des attaques violentes contre d’autres prisonniers.

Bien qu’elle ait vu les choses les plus douloureuses , elle affirme ne jamais s’être sentie démunie ni même traumatisée.

Pourtant, certains détenus avalent des couteaux, des fourchettes, pendant que d’autres se mettaient des lames de rasoir dans l’anus.

Lorsqu’elle décrit les conditions de vie des prisonniers, elle se dit stupéfaite de constater que des individus peuvent badigeonner les murs de leurs cellules avec leurs excréments. Comment des gens peuvent ils en arriver là ?

Des plus, dans un tel univers clos, on se trouve confronté a un niveau de crime odieux. Dieu tout comme les rats, courent librement dans la prison.

Et d’affirmer : « Vous ne pouvez pas vraiment y croire avant de le voir ! »

Elle reconnaît aussi avoir rencontré des détenues victimes de maltraitantes depuis leur enfance et avoir été particulièrement choquée d’entendre ces dernières lui raconter leur vie.
Et de se souvenir du cas de Trudy qui lui a brisé le coeur.
Il est vrai que cette femme médecin en a visiblement un en or !

Amanda Brown affirme ne jamais s’être sentie en danger, mis à part lorsqu’un homme s’est cogné la tête contre un mur et qu’elle a craint qu’en criant ce dernier ne s’en prenne à elle.
« C’est la seule et unique fois où j’ai dû appuyer sur le bouton panique. » déclare t’elle.

Elle reconnaît bien sûr que les agents de sécurité sont toujours là pour venir en aide si nécessaire. Néanmoins, elle ne manque pas de souligner qu’il y a aussi parfois des moments amusants, dans cet univers carcéral. Des plaisanteries, des mots, des circonstances…

Amanda Brown décrit aussi le cas de femmes prisonnières.
Elle rappelle celle qui utilisait de l’héroïne pour dissimuler ses souvenirs d’abus sexuel commis par son beau-père et faire face aux coups reçus par son petit ami.

Et pourtant, elle constate avoir pu observer une totale transformation, le fantôme s’étant transformé en une personne merveilleuse et confiante.
Bien que consciente d’avoir peur, elle confie souhaiter parfois la revoir . Mais elle prie avant tout pour qu’elle ne retourne pas à l’héroïne.

Le docteur Amanda Brown souligne  tout l’importance que revêt la relation  humaine, quoi qu’il en soit.

Elle aimerait penser avoir établi un climat de confiance avec tous les prisonniers qu’elle a traités.

Mais elle  sait également qu’il est  impossible  de maintenir le moindre contact avec les détenus une fois qu’ils sont libérés.

Elle dit ne pouvoir s’empêcher d’essayer de comprendre ce qui a conduit les prisonniers à se retrouver dans des situations aussi épouvantables et finalement se retrouver dans cet endroit, même si c’est très difficile.

Elle précise d’ailleurs avoir pour règle de ne jamais demander aux détenus pourquoi ils sont en prison.

Elle avoue également qu’elle ne pourrait pas continuer à exercer cet emploi de médecin en milieu pénitentiaire si elle devait savoir ce que certains d’entre eux ont fait.

Amanda Brown, cherche avant tout à soigner, réconforter, dans le registre qui est le sien. Mettre de l’humanité dans un univers hostile qui la met au contact des cas les pires qu’on puisse imaginer, à l’instar de Joanna Dennehy.

A travers son témoignage, on  comprend  aisément à quel point exercer en qualité de médecin en milieu carcéral relève du sacerdoce.

Et ce n’est certainement pas seulement le fait d’avoir été élevée dans l’East End de Londres qui explique qu’elle ait choisi de mettre ses compétences de médecin aux service des hommes et femmes incarcérés pour des actes, la plupart du temps d’une extrême gravité.

C’est une humanité qu’elle exprime, sans ne rien demander en retour ! Une histoire vraie de la rencontre du bien et du mal.  Il faut souhaiter que son livre « The Prison Doctor » soit traduit en français et disponible chez nos libraires.

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