CHARLOTTE HUBERT PRESIDENTE DE LA COMPAGNIE DES ARCHITECTES EN CHEF DES MONUMENTS HISTORIQUES INVITEE DE WOMEN e-LIFE ( Interview audio à venir lundi 6 mai)

Le projet de loi pour la restauration et la conservation de la cathédrale Notre-Dame de Paris a été adopté jeudi 2 mai par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale. L’ambition de ce texte est de faciliter la restauration de la cathédrale

Suivant la formule « Nous sommes un peuple de bâtisseurs ! » utilisée par Emmanuel Macron au lendemain de l’incendie qui a totalement détruit, le 15 avril, l’ensemble de la charpente, la toiture et la flèche de Notre-Dame de Paris, les architectes en chef des monuments historiques ont assisté incrédules à une tragédie qui a ému à l’échelle planétaire.

Au vu de la situation critique, conformément aux misions qui leurs sont dévolues, ces derniers ont immédiatement planifié cinq étapes pour assurer dans un premier temps le sauvetage de la cathédrale.
Une opération menée avec succès qui visait à protéger des intempéries la structure fragilisée, la renforcer aux endroits jugés critiques, retirer tout ce qui peut l’être en vue de soins intensifs en d’autres lieux. Des travaux délicats qui ont été confiés à des maçons, ferronniers, verriers, cordistes et bâcheurs, avant qu’un robot ne puisse assurer le nettoyage des décombres en toute sécurité.

Chef-d’œuvre de l’art médiéval, émergence historique du paysage parisien, maison commune d’une histoire collective, Notre-Dame de Paris révéla au XIXe siècle que les monuments du passé sont à la fois miroirs et mémoires d’une société. Sa grande restauration par Lassus* et Viollet-leDuc a d’abord permis le sauvetage d’un édifice en péril, avant de devenir le manifeste d’un art gothique retrouvé grâce à la remise à l’honneur des savoir-faire traditionnels.

Jean-Baptiste-Antoine Lassus

Eugène Viollet-le-Duc

L’édifice endommagé est aujourd’hui sous contrôle. Toutefois, la réponse de la structure médiévale à ce traumatisme grave s’échelonnera dans le temps. C’est pourquoi l’ouvrage fait l’objet d’une surveillance ciblée tandis que sa protection se poursuit.
Un diagnostic approfondi des conséquences de l’incendie est engagé sous la direction de Philippe Villeneuve, architecte en chef en charge de la cathédrale, entouré de plusieurs confrères et d’une équipe structurée à la hauteur des enjeux.

Les architectes en chef des monuments historiques ayant un rôle de conseillers auprès du ministre chargé de la Culture, leur mission consistera à assurer la maîtrise d’œuvre des travaux de restauration ou de rénovation. Notre Dame de Paris est en effet un édifice classé qui appartient à l’État selon un décret du 28 septembre 2007.

Comme le précise l’ACMH dans un communiqué : « La restauration appelle une démarche d’humilité devant l’édifice, une méthodologie qui fonde l’action des architectes restaurateurs. Elle s’appuie sur une somme de connaissances sans précédent sur l’état du monument avant l’incendie, et sur l’apport des techniques les plus poussées. Elle s’adosse aux contributions matérielles et intellectuelles de niveau international qui se proposent. Elle nourrit le débat nécessaire à la réflexion sur l’avenir du monument. »

D’où l’intérêt de nous arrêter sur la Compagnie des Architectes en chef des Monuments Historiques (ACMH) créée en 1939, et présidée depuis 2018 par Charlotte Hubert.

Architecte diplômée par le Gouvernement en 1999, diplômée du Centre des Hautes Études de Chaillot 2003, cette jeune femme a su se tailler une place de choix dans une spécialité qui, il faut le reconnaître, n’est pas un exemple en termes de parité, l’ACMH syndicat professionnel ne comptant que trois femmes parmi ses membres.

Enseignante notamment à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy et à l’Institut des beaux Arts de Tripoli, elle a été lauréate des nouveaux albums des jeunes architectes et paysagistes 2007-2008.
Charlotte Hubert est également membre de la Commission du Vieux Paris depuis novembre 2014, mais aussi membre de la Commission Nationale du Patrimoine et de l’Architecture (3ème section – travaux).

Parmi les missions qu’elle a eues à remplir, sur des cathédrales, elle s’est entre autres penchée. Citons la Cathédrale Saint-Étienne de Châlons-en-Champagne ou encore la Cathédrale Saint-Mammès à Langres.
Et visiblement, les monuments historiques doivent avoir beaucoup de mal à cacher leurs mystères et caractéristiques techniques à cette experte.

D’où les questions que nous avons été amenés à poser à Charlotte Hubert.

Quelle a été son premier sentiment en découvrant la cathédrale Notre-Dame ravagée par les flammes ?

S’agissant d’un monument emblématique qui a pris racine au Moyen-Age et a évolué pendant plus de 8 siècles au rythme de chapitres de l’Histoire de France, la polémique entre anciens et modernes concernant sa reconstruction se justifie t’elle à ses yeux ?

Comment perçoit-elle le lancement d’un concours international annoncé par le Premier ministre. Que peut réellement apporter cette mondialisation des candidatures sur le plan projet architectural ?

Compte tenu des règles draconiennes qui régissent la restauration de monuments inscrits ou classés comme de celles qui s’appliquent aux constructions existantes en secteurs sauvegardés, l’annonce par Emmanuel Macron de mesures dérogatoires visant à accélérer la reconstruction de Notre Dame ne risque t’elle pas de créer un précédent à risques ?

Disposons nous en France de suffisamment de bras et surtout dans les spécialités requises pour exécuter les travaux ? Pourrait-on imaginer que la reconstruction de Notre Dame devienne un chantier école pilote ?

Les fonds obtenus par le biais de dons essentiellement privés donnent t’ils davantage d’espoirs dans la possible restauration d’autres monuments et édifices abandonnés ou du moins mal entretenus qui finissent par avoir des profils de chefs d’œuvre en péril?

Lorsqu’on sait que l’architecture gothique particulièrement présente à Notre-Dame est décrite par certains hommes de l’art comme une architecture féminine, soucieuse de légèreté de détails de préciosité, comment expliquer que les femmes ne soient pas plus attirées et donc mieux représentées au sein de la Compagnie qu’elle préside ?

L’interview audio de Charlotte Hubert sera consultable dés lundi 6 mai sur Women e-life à l’aide du player qui figurera sous ces deux photos.

Charlotte Hubert ACMH

Patrick Gorgeon Women e-life

 

 

 

 

 

 

 

 

* (Source Wikipedia)Jean-Baptiste-Antoine Lassus, né le 19 mars 1807 à Paris et mort le 15 juillet 1857 à Vichy, est un architecte français, spécialiste de l’architecture du Moyen Âge.
Lassus est le premier à avoir appliqué aux édifices du Moyen Âge les méthodes de l’examen et du raisonnement archéologiques et à avoir combiné cette approche graphique avec l’étude des textes anciens. Lassus combine ces recherches archéologiques avec la pratique d’architecte restaurateur : il est chargé de monuments nombreux et considérables : la Sainte-Chapelle et Notre-Dame, Saint-Séverin et Saint-Germain-l’Auxerrois, les cathédrales de Chartres et du Mans, et de nombreux édifices bretons.
Il applique le fruit de ces recherches dans la construction de nouvelles églises : Saint-Nicolas de Nantes, Sacré-Cœur de Moulins, Saint-Pierre de Dijon, Saint-Saturnin de Cusset, Saint-Jean-Baptiste de Belleville ; ainsi que dans la réalisation de monuments civils et le domaine des arts décoratifs.

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